« Tonneliers en crise : Impact de la situation sur le secteur viticole en 2024 »

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Les vignerons sont les premiers à ressentir les effets de la crise qui touche le secteur viticole, mais l’ensemble de la chaîne de production subit également les conséquences. Un exemple concret de ce phénomène se retrouve chez les tonneliers, dont les revenus ont chuté en 2024.

Le chef Thierry Marx a passé une partie de sa vie dans le Médoc, où il a obtenu une étoile au château Cordeillan-Bages. Il est donc particulièrement attentif à la situation des tonneliers : « Nous traversons actuellement une crise dans le secteur viticole. Cette situation a des répercussions directes sur notre gastronomie et sur de nombreux métiers en amont comme en aval. Les tonneliers en font partie, possédant un savoir-faire français exceptionnel. »

Le chêne sessile centenaire

Dans le Sud-Ouest, plusieurs maisons de tonnellerie prestigieuses perpétuent une tradition ancestrale, car la qualité du vin dépend étroitement de celle des tonneaux. Cette pratique se transmet de génération en génération, assurant ainsi la continuité d’un savoir-faire précieux. Ce savoir se diffuse également à l’international, car des vins sont aujourd’hui produits dans des pays comme les États-Unis, le Chili, ou la Nouvelle-Zélande. Ces tonneliers ont donc contribué à faire connaître leur expertise au-delà des frontières de la France.

Quel est le processus de fabrication d’un fût ? Paul Charron, directeur commercial de la tonnellerie Nadalié à Ludon-Médoc, qui a plus de 120 ans d’existence, précise qu’il est essentiel de sélectionner le bon bois. Il déclare : « Les plus belles forêts de France se trouvent au cœur du pays, notamment dans l’Allier, le Nivernais et même dans la région parisienne. Nous optons pour du chêne sessile, qui demande un croissance lente et doit atteindre au moins 150 ans avant d’être utilisé pour fabriquer des barriques. Ce bois est fendu dans le sens des fibres puis laissé à sécher pendant deux ans. En fonction de la demande du client, nous ajustons le degré de chauffe des barriques pour obtenir des arômes spécifiques : doux, vanillé ou grillé. »

Une perte de chiffre d’affaires de 10 à 15% cette année

Auparavant, les vignerons commandaient leurs fûts avant les vendanges, mais en raison du changement climatique et de la crise actuelle, ils préfèrent patienter jusqu’à la récolte pour contacter les tonnelleries. En conséquence, l’entreprise de Ludon-Médoc prévoit une baisse de 10 à 15 % de son chiffre d’affaires pour cette année. L’ensemble de la filière est touché : 95 % des viticulteurs du Bordelais rencontrent des difficultés, et un plan de restructuration prévoit l’arrachage de 30 000 hectares de vignes.

« Autrefois, le vin se vendait dans le monde entier, fait remarquer Thierry Marx, mais aujourd’hui, les achats sont en forte ralentissement. » En effet, les exportations ont chuté de 10 % en 2023, tandis que la consommation de vin en France a diminué de 30 % en l’espace de dix ans. Un autre indice préoccupant est que 50 propriétés acquises récemment par des investisseurs chinois sont désormais mises en vente à des prix très réduits.